Vue en 1935

Le cheval de Trait de l’Auxois André Barbier, Directeur des Services Vétérinaires de la Côte d’Or Office Français de l’Elevage, revue de février-mars 1935

De tous temps, les chevaux de la région ont été solides, résistants, robustes, rustiques. Au 18ème siècle, les Haras de Bourgogne (situés à Dijon), créés par les Etats de Bourgogne, ont cherché à les améliorer, ont importé de grands étalons du Holstein danois et de la Frise allemande et ont instauré une Société de garde-étalons. En 1765, on compte 52 étalons. Par manque de continuité dans les choix, ils introduisent ensuite des chevaux normands et des chevaux du nord, ce qui a conduit à un échec. A partir de 1776, l’importation d’étalons d’autres régions est autorisée, après avis de l’inspecteur des haras : normands, anglo-arabes… Le cheval local d’origine était de « race morvandelle », de petite taille, aux membres courts, solides, sobres et nerveux. Le manque de prairies, puisque l’Auxois était céréalière, a conduit au début du 19ème siècle à se concentrer sur la fonction de traction. En 1848, le Comité d’Agriculture de Semur, fondé en 1829, trouve que les chevaux locaux valent bien ceux qu’on allait acheter, cher, dans le Perche et encourage à garder les poulains que le Département achetait à bon prix. Entre 1840 et 1855, la race locale a été améliorée grâce à l’influence du vétérinaire d’arrondissement, par ailleurs vice-président de la Société d’Agriculture de Semur. On achète alors des étalons percherons puis boulonnais, normands dans le but d’obtenir des chevaux plus rapides, du type carrossier. Cette diversité produit un certain désordre de conformation et il est alors impossible de rattacher la production locale à une race quelconque, malgré une amélioration. A la fin du 19ème siècle, le Conseil Général renoue avec la tradition et achète des percherons gris fer ou des nivernais à robe noire, mais manque de méthode. Il améliore ensuite les produits en important traits ardennais belges, boulonnais, percherons et traits belges. Les haras repeuplent en partie leurs stations de monte avec des étalons de trait, mais le manque d’uniformité est manifeste. En 1910, on y trouve 14 percherons, 12 demi-sangs, 1 boulonnais, 1 ardennais.

Les éleveurs décident alors de se regrouper et fondent le Syndicat d’Elevage du Trait Auxois dont les statuts sont déposés à Semur en Auxois, le 2 février 1913. Ils sont soutenus par le Dr Chauveau, sénateur et le fonctionnement du syndicat est assuré par la direction des services vétérinaires. En 1914, 32 étalons et 187 juments sont inscrits. Après la 1ère guerre mondiale, il faut presque repartir de rien et en 1935, le Trait Auxois dénombre 334 mâles et 12883 femelles enregistrées.

Caractère de la race auxoise : sujet vigoureux et agile ; formes trapues, tête courte, front large, petites oreilles, encolure puissante, croupe musclée et parfois double (ce qui l’éloigne des percherons), membres solides, sabots bien conformés. Au début, seule la robe baie était admise, puis on a accepté les rouans et les aubères et toléré les alezans. On évitait les robes noires ou grises. En 1933, seuls 35 étalons mesurent plus de 1,60m, 24 sont de taille inférieure. En 1935, seuls 11 étalons ne dépassent pas 1,60. La robe est majoritairement baie ou rouanne. En 1934, le meilleur étalon est Ibéris, à M. Michelot de Fauverney : « 1,63m, 4 ans, volumineux, près de terre, bien suivi dans son dessous, bonnes allures, mais fesse coupée et jarrets légèrement coudés ». La meilleure jument est Princesse, à M. Bourgogne de Vulsain : « corps harmonieux et ample, de taille un peu faible ; mais pas assez robuste. » Le directeur recommande, en général, de viser à l’épaississement des rayons osseux et à la régularité des aplombs. Pour cela, il faut dès le jeune âge des animaux une alimentation appropriée, un amendement des prés et apporter plus d’attention aux ferrures. Mais trop de juments ont encore des dessous insuffisants qui traduisent leur filiation avec les demi-sangs qui ont trop longtemps peuplé les stations d’étalons de la région, dont il faudra se débarrasser. En 1935, l’auteur dit que l’individualité du type va en s’affirmant, mais est dénigré par d’autres races plus ou moins proches qui affirment que le Trait Auxois n’est qu’un ardennais à qui on a donné un autre nom, entre autre parce qu’on n’hésite pas à importer des ardennais belges et des traits du nord. En 1935, le directeur du dépôt d’étalons de Besançon, qu’on ne peut donc pas, selon l’auteur, accuser de partialité (sic !) recommande de continuer à importer de gros ardennais, des traits du nord et des traits belges et de réduire les robes à trois types : bai, rouan, aubère.

Notes rédigées par Geneviève Rérolle-Pouffier


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